0145000486 contact@ctint.fr

L’hypnose Médicale

Mieux se comprendre et interagir avec les autres

Qu’est-ce que l’hypnose ?

L’hypnose, ou ce que certains définissent comme « état modifié de la de conscience[1] » ou encore transe est un état naturel que nous expérimentons chaque jour (en moyenne toutes les 90 minutes), quand on est « dans la lune », qu’on « baille aux corneilles » en laissant vaquer nos pensées, qu’on regarde défiler le paysage par la fenêtre dans un train ou encore lorsque notre attention est portée sur une seule chose, totalement absorbé(e) par un film (état de concentration maximale qui nous fait oublier tout notre environnement). En somme, il s’agit d’un moment de relâchement très agréable qu’on peut rapprocher de l’état de relaxation.

Le terme hypnose est issu du grec « hypnos » qui signifie « sommeil » bien que cet état hypnotique se caractérise par un niveau de conscience qui n’a strictement rien à voir avec celui du sommeil (ni de la veille d’ailleurs !) Grâce à l’imagerie cérébrale, l’état hypnotique a pu être identifié et singularisé sur le plan médical.

 La définition de l’état hypnotique a évolué au fil des siècles en fonctions des auteurs qui s’y sont intéressés. Lorsque le patient est en état d’hypnose, son « champ de conscience s’élargi », et à l’aide de son thérapeute il va pouvoir accéder à ses propres ressources pour surmonter les difficultés qui l’amènent à consulter. Lhypnose est utilisée majoritairement aujourd’hui à des fins antalgiques (réduire la douleur), sédatives (réduire l’anxiété, apporter un apaisement) et/ou psycho-thérapeutiques (contribuer au changement).

[1] Expérience au cours de laquelle « le sujet a l’impression que le fonctionnement habituel de sa conscience se dérègle et qu’il vit un autre rapport au monde, à lui-même, à son corps, à son identité » de Georges Lapassade dans les états modifiés de conscience, PUF. P. 1 in J.M Benhaiem. L’hypnose médicale p.127.

L’hypnose n’est ni un phénomène surnaturel, ni un médicament, ni un pouvoir ni un don ! C’est un outil qui doit être adapté de façon sur mesure à un patient, à son attente et qui va dans le sens de ce qui est bon pour lui (bien que pour certains patients « vivre un sur-place connu est plus sécurisant qu’aller vers l’inconnu du changement !)

 

NE PAS CONFONDRE… L’hypnose médicale ne doit pas être assimilée à l’hypnose de spectacle. On se représente habituellement l’hypnose comme une technique de manipulation consistant à prendre le contrôle d’une personne grâce à des techniques rôdées qui la font agir à son insu (se met à faire du rodéo ou s’endort sur scène…) C’est pourquoi, l’hypnose a le don de fasciner car le phénomène amuse et effraie à la fois. Il est évident que dans ce cas l’hypnotiseur n’est pas hypnothérapeute, il est là pour le show, pour assurer un effet et sélectionne le sujet le plus suggestible qui lui-même entend bien se prêter au jeu. L’hypnotiseur ne peut exiger de lui que des choses que l’inconscient du sujet lui autorise. L’hypnose de spectacle emprunte des techniques très directives contrairement à celles utilisées à des fins thérapeutiques. Enfin, la différence entre l’hypnose de spectacle et l’hypnose médicale est l’intention : si la première a le dessein de divertir, la seconde, bienveillante, a pour but de mettre fin à des souffrances. Là est toute la nuance !

Approche conceptuelle de l’hypnose médicale

Lhypnose médicale est une pratique qui utilise un état de conscience spécifique, l’état hypnotique, dans un but thérapeutique.

Du point de vue du patient, une séance d’hypnose s’apparente à une expérience qui a la particularité d’être banale et hors du commun à la fois qui permet une conscience de soi ciblant l’essentiel « une intelligence du corps, une sorte d’attente confiante, une ouverture, un éveil, un remaniement en profondeur, un état de grâce et de paix, un accord, un équilibre, une sensorialité qui nous fond avec les éléments [1]»

Selon Roustang, « la conscience est dite consciente (conscious awareness) dans la mesure où elle est restreinte, car elle ne peut porter son attention qu’à un nombre limité d’éléments.

La conscience est dite inconsciente (unconscious awareness) dans la mesure où elle supporte la totalité des souvenirs, des perceptions, des sens externes et internes, des résultats et des possibilités d’apprentissage. Ces éléments sont trop nombreux – ils sont infinis – pour être distingués par la conscience consciente (…)

Cette conscience inconsciente pourrait tout aussi bien être appelée vigilance généralisée.

L’induction de l’hypnose est le passage de la vigilance restreinte à la vigilance généralisée.
Ce passage qui est toujours le fruit d’un accord ou d’une décision du patient, est favorisé par diverses techniques (fixation du regard, attention portée aux différentes parties du corps, confusion, etc.) et par l’état de vigilance généralisée dans lequel se trouve lui-même le thérapeute. [2]» C’est par ces techniques et par cet état que le thérapeute use de suggestions. Le pouvoir du thérapeute se fonde pour ainsi dire sur l’ampleur et l’intensité de sa propre veille généralisée. C’est ainsi que s’opèrent les modifications : la rigidité des habitudes laisse place à la souplesse et à la fluidité du mouvement.

L’hypnose médicale peut être considérée comme médicale dès lors qu’elle est capable de guérir certains troubles ou comportements délétères (addictions, difficultés alimentaires, dysfonctionnements psychiques ou psycho-somatiques). » Un patient qui souhaite se débarasser d’une addiction devra passer par la vigilance généralisée pour entrevoir la liberté. « Si jusqu’alors son champ de perception était restreint et focalisé sur le plaisir qu’il retire de l’objet de l’addiction, il peut commencer à présent à élargir sa perception et réaliser que quelque chose cloche. L’hypnose prend appui sur cette ouverture, la ratifie et amplifie le mouvement.[3] » L’hypnose parvient ainsi à guérir car elle modifie le contexte d’une habitude et par conséquent en détruit les ressorts.

[1] P. Chami et D. Du Perron (2017). 30 jours pour pratiquer l’autohypnose. p. 15.

[2] http://www.hypnose-medicale.com/quest-ce-que-lhypnose-medicale/

[3] G. Tosti. (2015) Le grand livre de l’hypnose. p. 378.

L’esprit inconscient met à la disposition du patient de nouvelles possibilités et capacités qui vont lui permettre de changer. 

Mécanismes neurobiologiques en jeu dans l’hypnose analgésique

Si la douleur active tout un réseau de structures cérébrales comprenant : le thalamus, les cortex somatosensoriels primaire et secondaire, l’insula et le cortex cingulaire antérieur, le cerveau a aussi le pouvoir de diminuer la perception d’un stimulus. Un grand nombre d’études scientifiques (Rainville, Duncan, Price, Carrier, & Bushnell. 1997 ; Wik, Fisher, Bragée, Finer, & Fredrikson. 1999 ; Hofbauer Rainville, Duncan, & Bushnell. 2001 ; Faymonville, Laureys, Degueldre, et al. 2000 ; Willoch, Rosen, Tölle, et al.2000)[1] ont pu mettre en évidence que les suggestions hypnotiques analgésiques créent une diminution incontestable dans l’activité de ces régions cérébrales. Le cerveau reçoit l’information douloureuse véhiculée par un système montant mais il existe un autre système descendant capable de contrôler cette douleur par la sécrétion de substances inhibitrices. Il existe plusieurs neuromédiateurs qui interviennent dans le contrôle de la douleur, comme la sérotonine entre autres qui fait partie de ceux qui contrôlent bien la douleur. Les études d’imagerie cérébrale sont en effet formelles : l’état hypnotique engendre des modifications spécifiques dans l’activité du cerveau et précisément dans le traitement des informations sensorielles et émotionnelles qui sont ciblées dans les suggestions[2]. L’hypnose analgésique s’appuie sur nos capacités d’attention, sur la puissance de l’imaginaire et l’effet de cet imaginaire sur notre physiologie. La suggestion intègre la réalité du soin à l’imaginaire du patient. Par exemple, une infirmière va évoquer la fraîcheur de l’océan pour anticiper le contact froid de l’antiseptique qu’elle est passe d’appliquer. L’hypnose est une pratique qui agit sur les modes de perception de la douleur et augmente le seuil de tolérance. Ainsi, le praticien propose au patient, à l’aide de suggestions et d’images métaphoriques, de modifier la manière dont il perçoit la réalité douloureuse. Aussi, le thérapeute aide-t-il le patient à vivre un « autre possible » en le décentrant de sa souffrance. Il s’ingénie à ce que le patient abandonne ses certitudes, à savoir que la douleur est immuable et s’imposera toujours à lui… pour qu’au fur et à mesure de l’expérience, il parvienne à percevoir  une autre réalité, un autre vécu qu’il peut traverser de façon souple et fluide.

[1] J.M Benhaiem. (2012) l’hypnose médicale. P. 57.

[2] Ibid

L’hypnose permet de diminuer de façon significative la composante désagréable d’une douleur en modulant la subjectivité de sa perception.

CARACTERISTIQUES DE L’ETAT HYPNOTIQUE

On retrouve des caractéristiques propres à l’état hypnotique :

  • Une altération de la perception spatiale et temporelle (la perception du temps et les ressentis corporels sont nettement différents de ce qu’on perçoit dans un état de conscience ordinaire).
  • Une sensation de détente
  • Une focalisation extrême de l’attention (hyperconcentration)
  • Une suspension du jugement s’accompagnant d’une réduction de la censure (le patient se trouve dans une sorte de logique onirique et non rationnelle. L’hypnose fait la part belle aux processus automatiques et inconscients et en ce sens elle réduit les résistances. La suggestion d’utiliser par exemple un gant magique sur la partie du corps qui le fait souffrir ne lui paraîtra pas incongrue, son cerveau percevra l’information tout à fait appropriée.

Dans l’état hypnotique le sujet est en dissociation psychique (c’est-à-dire qu’il se trouve à la fois de façon concrète dans un endroit tout en étant plongé psychiquement dans un ailleurs qu’il sollicite grâce à son imaginaire), il est plus disposé que d’ordinaire à accepter des propositions thérapeutiques MAIS ne dort pas, ne perd pas son libre arbitre, reste souverain de la situation et n’est pas frappé d’amnésie !

Indications de l’hypnose

Les indications de l’hypnose médicale sont nombreuses et variées, dont les principales sont : 

  • En psychologie et en psychiatrie : anxiété, troubles du sommeil, troubles obsessionnels et compulsifs, obsessions, troubles dépressifs, burn-out, etc.),
  • Troubles du comportement alimentaire : boulimie, anorexie, obésité …;
  • Migraines ;
  • Certaines affections des sphères ORL et pulmonaire : asthme, rhinites, sinusite, acouphènes … ;
  • Addictions : alcool, tabac…;
  • Troubles sexuels ;
  • En gastro-entérologie : Dyspepsie, colopathie … ;
  • En cardiologie : palpitations… ;
  • En gynécologie : douleurs pelviennes, dyspareunie, troubles du cycle menstruel, accompagnement de l’accouchement… ;
  • Affections dermatologiques (eczéma, psoriasis…);
  • En pédiatrie : énurésie, encoprésie, troubles de la concentration…
  • Pathologies douloureuses : douleurs aiguës ou chroniques (douleurs lombaires, cervicalgies, douleurs thoraciques, abdominales, cystalgies, sciatalgies…)
  • Solution alternative à l’anesthésie locorégionale (réduction du recours aux produits anesthésiques (éventuellement inducteurs d’effets indésirables);
  • Favoriser la pratique de soins en ambulatoire ;
  • Faciliter certains examens médicaux douloureux ou stressants;
  • Réduire le stress du patient et le mettre en confiance avant une intervention chirurgicale.

Enfin, l’hypnose peut être utilisée en prévention, notamment grâce à l’autohypnose. Elle incite le patient à devenir acteur de sa propre santé et l’aide à développer des ressources pour gérer sa maladie et ses conséquences.

Attention : L’hypnose n’est pas réalisable dans certaines conditions (surdité, troubles de la compréhension, impossibilité linguistique) reste en effet une alternative éthique et crédible.

Techniques utilisées au cours d’une séance d’hypnose médicale

Au cours d’une séance dhypnose, l’hypnothérapeute peut faire appel à différentes techniques, notamment :

  • Des techniques linguistiques : l’utilisation de mots simples et positifs, de reformulations, le changement dans le rythme du langage, l’accentuation sur certains mots importants, etc. ;
  • Des techniques relationnelles : l’instauration et le respect d’une distance avec le patient ;
  • Des techniques de focalisation pour amener le patient à se fixer sur un objet, une image ou une fonction du corps ;
  • Des techniques de dissociation pour désactiver la conscience critique du patient ;
  • Des suggestions ouvertes (invitations) ou fermées (consignes) qui guident le patient tout au long du processus hypnotique.

Par ailleurs, l’hypnothérapeute peut sensibiliser son patient aux techniques d’autohypnose de façon à pouvoir y recourir en tout lieu et à tout moment.

Bref historique de l’hypnose

Bien que l’hypnose soit devenue plus familière, que son pouvoir antalgique soit actuellement reconnu, le terme « hypnose » génère encore des réactions irrationnelles : il engendre peur et fascination à la fois. Pourtant depuis l’Antiquité, les techniques hypnotiques sont utilisées sous différentes formes. La pratique de l’hypnose s’est inscrite très tôt  dans le champ des traitements somatique et psychique. En France, les premières utilisations médicales de l’hypnose remontent au dix-huitième siècle. L’hypnose commence à être utilisée quelques années avant la révolution française avec les travaux d’un médecin : Franz Anton Mesmer (1734-1815) qui pratiquait la magnétothérapie : sur le corps de ses patients, il apposait des aimants présumés actifs sur le mal dont ils souffraient. Mesmer émit rapidement l’hypothèse que les effets thérapeutiques positifs qu’il obtenait étaient imputables au pouvoir d’une personne (le médecin) sur une autre (le patient) plutôt qu’aux pouvoirs intrinsèques des aimants. Il déduit qu’un « fluide » mal réparti dans le corps des patients pouvait être redistribué autrement et permettre la levée de blocages. Mesmer prétendait obtenir des effets thérapeutiques en utilisant un baquet qui a eu un énorme succès. Cette idée d’un baquet capable de retenir l’énergie magnétique pour être mieux répartie chez le patient suscita beaucoup de controverses et de jalousies. Louis XVI mandata d’ailleurs, une commission scientifique pour étudier cette hypothèse de répartition de « fluide ». La commission n’a pu contester les effets thérapeutiques bénéfiques pour les patients mais récusa la théorie du fluide. Les membres de la commission ont ainsi retenu quatre facteurs principaux : l’imagination, l’imitation, l’effet d’attente et la charge émotionnelle mobilisée dans la pratique.  On a fini par penser que si la médecine de l’imagination est la meilleure, pourquoi ne pas utiliser l’imagination pour faire de la médecine ! Mais si cette théorie des fluides est récusée, il est intéressant de remarquer que les principaux éléments de l’hypnose sont déjà identifiés :

  • Une forte alliance thérapeutique
  • L’utilisation de suggestions pour accompagner les patients
  • La nécessité d’un « état modifié de conscience » pour un effet thérapeutique
  • La puissance de l’imaginaire

C’est avec un disciple de Mesmer, le Marquis de Puységur (1751-1825) qu’on passera du magnétisme à l’hypnose (bien que ce dernier parle de « somnambulisme » et non « d’hypnotisme » pour dépeindre le processus thérapeutique en jeu chez ses patients lesquels semblent ralentis, presque endormis tout en conservant la capacité de communiquer). Aussi, Puységur se distingue de son prédécesseur en attribuant le pouvoir thérapeutique non pas à un agent extérieur (le magnétiseur tout-puissant) mais au patient lui-même et à ses propres ressources.

Ainsi, on peut considérer que c’est à partir de cette époque qu’il est admis « qu’un état de conscience modifiée facilite la révélation des ressources internes du patient qui peuvent être mises au service du mieux-être, de la santé et parfois de la guérison ». (p.27, Vaincre la douleur par l’hypnose) Au fil du temps, la pratique du somnambulisme se développe aussi bien pour traiter les troubles psychiques que somatiques. On la baptise « hypnotisme » puis hypnose. Au cours du XIX ème siècle, des médecins de renom, Esdaile, Broca pratiquent des interventions en « sommeil magnétique » annonçant l’hypnosédation de la deuxième moitié du XX ème siècle. L’évolution de la science permet de mieux appréhender le phénomène hypnotique au cours des XIX èmeet XX ème siècles. Le célèbre professeur de médecine et neurologue Hippolyte Bernheim (1840-1919) de l’école de Nancy (école de la suggestion) démontre l’importance des suggestions dans l’expérience hypnotique. Il s’oppose à Jean-Martin Charcot avec son école de la Salpêtrière qui ne voit en l’hypnose qu’un état pathologique caractéristique des hystériques.

 Entre les XIX ème et XX ème, certaines croyances se dissipent concernant l’état d’hypnose : le chirurgien écossais James Braid (1795-1860) l’envisage comme une forme de sommeil tandis que le philosophe et hypnothérapeute François Roustang (1923-2016) prouve qu’il s’agit d’un état de « veille paradoxale » pour reprendre sa définition.

Le renouvellement de la pratique de l’hypnose est à l’instigation d’une personnalité hors du commun, le psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980) qui utilise lui-même l’autohypnose pour combattre les méfaits de sa poliomyélite. Erickson  développe un nouveau courant qui se distingue de l’hypnose directive pratiquée jusque-là. Ce type d’hypnose a pour particularité de mettre la personne concernée au cœur du processus de guérison. Erikson offre une vision de l’hypnose tout à fait insolite, sorte d’incitation à assouplir ses mécanismes psychologiques et à puiser dans ses propres ressources pour trouver une solution à ses problèmes.