0145000486 contact@ctint.fr

La Peur de la mort

Parfois l’angoisse de mourir, peut empêcher de vivre…

Nous existons aujourd’hui, mais un jour nous cesserons d’être. La mort viendra, et il n’existe aucune échappatoire. Il s’agit d’une vérité terrible, et nous y répondons par un sentiment d’effroi. Un conflit existentiel découle de cette tension entre la conscience de l’inéluctabilité de la mort et le désir de continuer à être. Pour la psyché humaine, la mort est le paradoxe des paradoxes. C’est notre destin, un phénomène ordinaire, pourtant, comme le dit le philosophe Vladimir Jankélévitch (La Mort, 1977), nul ne s’y habitue : « Chaque mort étonne ou scandalise, comme si elle était la première. »

Éviter les situations susceptibles de causer prématurément notre décès n’a rien de pathologique, c’est au contraire naturel et souhaitable. En revanche, se sentir en situation de danger permanent, sans raison, est problématique. Otto Rank disait que « le névrosé est celui qui refuse le prêt (la vie) afin d’échapper au paiement de la dette (la mort). »

La mort et les philosophes

Du latin mors, la mort s’entend comme la fin de la vie, la cessation physique de la vie. Dans son sens médical, elle correspond à la fin des fonctions du cerveau définie par un électro-encéphalogramme plat. Dans son sens philosophique, elle fut considérée successivement par une pluralité d’auteurs. Platon la voyait comme le terme d’une vie terrestre et l’accès à un monde idéal. Epicure ou encore Lucrèce la définissaient comme la dissolution de l’âme et du corps (approche matérialiste). Heidegger l’envisage comme la forme même de la vie humaine, considérée dans sa finitude ; cette forme saisie et assumée, permet l’accès à l’authenticité. Enfin, Sartre, analyse la mort comme un fait sans aucune cause ontologique.

  • Platon : [La mort], «  est-ce autre chose que la séparation de l’âme d’avec le corps ? On est mort, quand le corps, séparé de l’âme, reste seul, à part, avec lui-même, et quand l’âme, séparée du corps, reste seule, à part, avec elle-même »…
  • Epicure : « Familiarise toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or, la mort est la privation complète de cette dernière […]. Ainsi, celui des maux qui fait le plus frémir n’est rien pour nous, puisque tant que nous existons, la mort n’est pas, et que la mort est là où nous ne sommes plus. »
  • Hegel : « La mort, si nous voulons nommer ainsi cette irréalité, est la chose la plus redoutable […]. Ce n’est pas cette vie qui recule d’horreur devant la mort et se préserve pure de la destruction, mais la vie qui porte la mort, et se maintient dans la mort même, qui est la vie de l’esprit ».
  • Schopenhauer : « La mort est le moment de l’affranchissement d’une individualité étroite et uniforme, qui, loin de constituer la substance intime de notre être, en représente bien plutôt comme une sorte d’aberration. »
  • Heidegger : « Cette fin que l’on désigne par la mort ne signifie pas, pour la réalité-humaine, être-à-ma-fin, être-fini ; elle désigne un être pour la fin, qui est l’être de cet existant. La mort est une manière d’être que la réalité-humaine assume, dès qu’elle est : Dès qu’un humain vient à la vie, déjà il est assez vieux pour mourir. »
  • Sartre : [La mort] «  N’est pas seulement le projet qui détruit tous les projets et qui se détruit lui-même […]. Elle est le triomphe du point de vue d’autrui sur le point de vue que je suis sur moi-même. » « La Mort représente le sens futur de mon pour-soi actuel pour l’autre. »

Parler de la mort dans les thérapies

Dans le dialogue entre patient et thérapeute, les enjeux ultimes fournissent tout à la fois le contenu et le processus. La confrontation d’un patient à la mort, à la liberté, à l’isolement et à l’absence de sens, offre au thérapeute un contenu interprétatif explicite. Même lorsque ces thématiques n’émergent pas de façon ouverte en thérapie, elles n’en fournissent pas moins le modus operandi. Des manifestations psychiques comme la volonté, la prise de responsabilité, la relation au thérapeute et l’engagement du patient dans sa vie personnelle sont des processus clés du changement thérapeutique. Des activités trop souvent qualifiées de «petit plus» sans grande importance dans de nombreuses approches thérapeutiques.

La thérapie existentielle retient l’attention en ce qu’elle puise fermement ses racines dans un terrain ontologique, à savoir les structures les plus profondes de l’existence humaine. Son intérêt tient également à ses fondements humanistes, à la différence des autres paradigmes thérapeutiques. Elle est totalement en accord avec la nature éminemment personnelle dans l’entreprise thérapeutique. Par ailleurs, le paradigme existentiel possède une portée bien plus large : il s’appuie et s’enrichit des contributions de nombreux philosophes, artistes et thérapeutes sur les conséquences douloureuses mais rédemptrices d’une confrontation aux enjeux de l’existence.

 

« Chacun sait qu’il va mourir mais nul n’y croit vraiment. »
Freud

Psychologie et analyse clinique

Alors que la jeunesse et toutes formes de régression sont mises en avant dans notre société actuelle, la mort est devenue plus que jamais un sujet tabou. Pourtant inévitable et faisant partie de la « vie », la mort est devenue un sujet sensible, gênant, inquiétant. Si craindre la mort de parents, de proches, malades ou vieillissants, est légitime, être obsédé par la perspective du décès de tous les êtres qui nous entourent est névrotique.

Le sujet de la mort et celui de la peur de mourir se présentent inévitablement au psychologue au cours de son expérience clinique. Comment éviter ce sujet alors que la plupart des patients l’évoquent pendant la thérapie ? La fréquence du sujet, les angoisses qu’il suscite amènent le psychologue à approfondir cette thématique dans son approche clinique.

« L’expérience de la naissance est la première expérience de l’émergence de la mort« , selon Françoise Dolto (Parler de la mort, 1998). A la seconde où nous naissons, nous avons en même temps et de manière instinctive la conscience que l’on va mourir un jour. Notions de vie et de mort sont intrinsèquement liées, l’une ne pouvant aller sans l’autre. Et cette conscience que l’on va cesser d’exister serait tellement anxiogène pour l’humain, que l’on refoulerait cette prise de conscience afin de mieux vivre.

Malheureusement, cette conscience n’est jamais très loin. Et là où certains vivent en accord avec cette notion de fin, d’autres la vivent beaucoup plus difficilement. La peur de mourir devient soit consciente («j’ai peur de mourir»), soit inconsciente et pouvant alors se transférer sur des symptômes ou différentes névroses.

Selon la personnalité, le terrain et la vulnérabilité psychique de chacun, les symptômes névrotiques ne vont pas apparaitre de la même manière. Alors pourquoi certaines personnes ont une conscience de la mort « réactivée », et pas d’autres ?

La conscience de la mort et donc, la peur de la mort, peuvent se réveiller plus facilement par exemple chez des personnes plus sensibles, plus anxieuses ou ayant vécue des traumatismes. En effet, les personnes très sensibles (hypersensibilité) ou très anxieuses peuvent se poser beaucoup de questions (activité cognitive en arborescence), notamment sur des concepts existentiels, comme la mort.

« Que nous devons mourirnous le savons. Ce n’est que de l’époque et du soin d’en retarder le jour que s’inquiètent les hommes. »
Jules César (1599), III, 1, Brutus de William Shakespeare

Alors pourquoi ces manifestations psychopathologiques ? Les névroses seraient probablement des manifestations de la peur de mourir devenues conscientes. Elles sont utiles à la survie humaine. En effet, un anxieux qui sera en « hypervigilance » face à une situation, physique ou symbolique,  qu’il perçoit comme un danger (ascenseur, animal, personne hostile, avion, grand centre commercial, groupe…) prendra soin d’éviter toutes les situations qu’il croit le mettre en danger (évitement). L’instinct de survie étant la notion la plus archaïque et la plus élémentaire (survie de l’espèce). Les névroses pourraient être une protection, un « pare-feu » ou un « bouclier » face à la mort.

« Pourquoi meurt-on ? Que se passe-t-il après ? De la mort dans sa concrétude, on ne sait rien. Nous n’avons que des fantasmes, c’est-à-dire « un savoir inventé pour se rassurer » disait Françoise Dolto. Pourquoi la mort fait-elle si peur alors que cette fatalité fait partie de la « vie » et que l’humain y ait confronté depuis toujours ? Selon notre expérience clinique, voici les caractéristiques qui seraient anxiogènes pour l’individu :

  • L’insaisissable : la mort demeure un mystère pour les scientifiques. Malgré de nombreuses hypothèses, différentes selon les âges, les cultures et les religions, et malgré les NDE (Near Death Experience) qui ont été rapportées, personne ne sait exactement ce qu’est la mort, et ce qu’il y a après.
  • L’inévitable : nous n’avons pas la possibilité de retarder la mort ou de l’éviter. C’est une fatalité qui fait partie intégrante de la vie, tout être humain qui nait, mourra un jour.
  • L’incontrôlable : si on sait que l’on va mourir un jour, on ne sait en revanche où, quand ou comment. La « faucheuse », nous en avons conscience, peut venir à tout moment de notre vie, dans des circonstances que nul ne peut connaître au préalable, afin de pouvoir se préparer.
  • L’isolement : « l’homme est un animal social » disait Aristote. On se développe dans le ventre de notre mère, on grandit en famille ou en groupe, on travaille, se divertit et évolue en société… nous sommes rarement seuls. Pourtant, il y a un moment où nous le serons, ce sera dans la mort. C’est un état où nul ne peut nous accompagner.
 « Qui apprendroit les hommes à mourir, leur apprendroit à vivre. »
Montaigne

La mort et le développement de l’enfant

Comme nous l’avons vu, notre venue au monde nous installe parmi ceux qui vont mourir. Elle implique d’emblée une perte : celle du placenta protecteur, vécu par le nouveau-né comme une part de lui-même. Dès l’âge de 2-3 ans, l’enfant peut réaliser qu’une personne de son entourage est morte. Mais il s’imagine qu’elle est partie habiter dans un autre univers d’où elle reviendra peut-être. Pour un petit, mourir c’est vivre autrement. Inutile de s’inquiéter s’il ne pleure pas toutes les larmes de son corps et manifeste surtout de la curiosité (« Où il est papy maintenant ? »). La mort intrigue les enfants, il en va de même pour la sexualité et la procréation. En revanche, l’absence de questionnements de sa part signale une difficulté : l’enfant se tait pour ménager ses parents s’il saisit leur incapacité à parler de ce décès. Or ce silence risque de le rendre inapte, plus tard, à assumer la confrontation avec la mort.

La peur de la mort est une étape normale du développement de l’enfant. Vers 7 ans, l’idée de la mort devient très active. Certains enfants ne cessent de craindre que « maman meurt ». Cette inquiétude provient d’un malaise ressenti par le tout-petit qui, lorsque sa mère s’absente, a peur qu’elle ne revienne pas. Ce type d’angoisse s’apaise généralement avec l’apprentissage de la solitude.

Selon Freud, très tôt, la conscience de la mort donne lieu à une peur des morts inspirée par la culpabilité. Notre relation aux autres est toujours teintée d’ambivalence, l’être le mieux aimé étant simultanément haï. Ainsi, quand une personne proche s’en va, nous nous sentons coupables – plus ou moins consciemment – des sentiments hostiles que nous lui portions. D’où les scénarios d’enfants et les dessins campant monstres et fantômes. Ceux-là mêmes que nous retrouvons dans la littérature fantastique et les films d’épouvante. Toutefois, sauf situation névrotique où la culpabilité demeure inentamable, notre psychisme sait aussi se protéger et transformer les morts en êtres bienveillants. Mais, d’une façon générale, les morts impressionnent. Les précautions oratoires adoptées pour les désigner témoignent de notre embarras. D’un défunt, on préfère dire qu’il est parti ou plongé dans le sommeil de l’éternité. Saint Paul nommait les morts « ceux qui dorment ».

Mort et psychanalyse

« Dans l’inconscient, chacun est persuadé de son immortalité », écrit Freud dans ses Essais de psychanalyse (Payot, 1989) : l’inconscient ignore le temps et, par conséquent, la mort. Même si nous avons vu des parents ou des amis disparaître, notre inconscient nous murmure à l’oreille : « Toi, tu ne mourras pas. » Le malade qui demande à être euthanasié ne croit pas davantage qu’il va mourir : il veut surtout abréger ses souffrances. Mais, à cet élan qui nous jette parfois dans les bras de la mort, il existe une autre explication. Selon Freud, en nous s’affrontent deux types de pulsions : les pulsions sexuelles, d’auto-conservation (qu’il nomme « Eros ») et la pulsion de mort (qu’il appelle « Thanatos ») présente en nous dès la naissance.

Chez l’individu normal, les deux sont associées et c’est cette union qui produit un mouvement vers la création ou la procréation. Cependant, il arrive que les péripéties de l’histoire personnelle d’un individu (mauvais traitements, abandon ou deuils précoces mal surmontés) entraînent une disjonction de ces forces. Et là, la mort mène la danse…

Concernant les névroses, pour la psychanalyse, ce type de symptômes aurait l’effet de vœux inconscients de mort transformés dans la conscience en obsession permanente de la mort.

Comment traiter la peur de la mort ?

La peur de la mort est une angoisse très répandue. Ceux qui la ressentent en ont souvent conscience. Le problème vient de ceux qui, sans ressentir une peur évidente, préfèrent ne pas y penser ou carrément la nier. On peut en arriver à des situations pathologiques et handicapantes.

Ce qui fait peur dans la mort, c’est surtout le fait de ne pas en parler, pire, d’en faire un tabou. Échanger sur ce sujet librement, parler de la mort, des êtres perdus, cela peut aider à ne plus fantasmer la mort, mais à la considérer comme réelle et faisant partie de la «vie», de notre vie, afin de la rendre plus acceptable et d’en avoir moins peur. Mon expérience montre que cela aide également à diminuer les symptômes pathologiques. Il y a de nombreux exercices que l’on peut faire avec son thérapeute ou seul, afin de libérer la parole, les peurs et les « mots/maux » :

Chercher la cause de ses peurs, tenter de les comprendre, peut aider et rassurer. La thérapie existentielle (Irvin Yalom) que je pratique, est une thérapie qui aborde librement les questions existentielles :

Quel est le sens de la vie ? Quel est le sens de ma vie ? Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi sommes-nous ici ? Quelles sont nos raisons de vivre ? Sur quoi fonder notre existence ? Si nous devons mourir, si rien ne dure, quel sens tout cela a-t-il ? Que résultera-t-il de ce que je fais aujourd’hui, de ce que je ferai demain : que résultera-t-il de toute ma vie ? Que sert de vivre, de désirer quelque chose, de faire quelque chose ?…

Exercices :

La thérapie existentielle lle aborde par ailleurs le sujet de la mort, qui est l’un des 4 piliers fondamentaux de sa thérapie (avec l’isolement existentiel, l’absence de sens et la liberté) et propose des exercices pour mieux accepter cette notion inévitable de fin, par exemple :

  • Se projeter dans l’avenir, jusqu’à sa mort et son enterrement
  • Imaginer sa propre tombe et se rédiger une épitaphe
  • Se demander comment aimerait-on qu’on parle de soi après sa mort ?
  • Dessiner une ligne autour de soi et réaliser que le reste, les choses qui se trouvent en dehors, ne sont pas soi ; elles peuvent disparaître, mais nous continuons d’exister.
  • Dessiner une ligne droite sur une feuille blanche. Une extrémité de cette ligne représente notre naissance, l’autre, notre mort. Faire une croix à l’endroit où nous nous trouvons maintenant. Méditer sur ce dessin pendant 5 minutes.
  • Imaginer sa mort : où se produit-elle ? Quand ? Comment ? En donner une représentation détaillée.

L’objectif thérapeutique étant d’accepter notre immortalité et d’avoir « un peu moins peur » de la mort, afin de pouvoir profiter de la vie. « Il est inutile d’y songer, disait Epicure. Tant que nous sommes là, elle n’est pas ; quand elle est là, nous ne sommes plus. »

La mort et la thérapie existentielle 

« Celui qui porte sa propre lumière n’a pas peur du noir » (vieil adage)

La peur de la mort joue un rôle majeur dans notre expérience interne; la mort nous hante et gronde sous la surface. L’enfant, à un âge précoce, nourrit de profondes réflexions sur la mort, fondées sur le déni, qui modèlent la structure de notre personnalité et, lorsqu’elles sont inadaptées, se traduisent par des syndromes cliniques. La psychopathologie est le résultat de modalités inappropriées de transcendance de la mort.

L’angoisse constitue un signal indiquant qu’une personne se sent menacée quant à la poursuite de son existence. Le problème est que le sentiment de sécurité de la personne névrosée est si provisoire que cette dernière étend très loin son périmètre de sécurité. La personne névrosée ne protège pas uniquement son intégrité, mais défend aussi d’autres attributs (travail, prestige, rôle, performances…) avec la même intensité. Le patient n’est pas autre chose que son self, le noyau de son essence.

La perte d’un parent nous confronte à notre propre vulnérabilité : si nos parent n’ont pas réussi à se sauver eux-mêmes, qui nous sauvera ? Une personne n’a qu’une perception très limitée de la mort jusqu’à ce qu’elle y soit confrontée.

« Philosopher, c’est apprendre à mourir » (Montaigne). Si cette peur était consciente en permanence, nous ne serions pas à même de fonctionner normalement. Elle doit être refoulée de manière appropriée pour nous permettre de continuer à vivre avec un minimum de confort (Gregory Zilboorg). Nous gérons l’angoisse de mort par le refoulement et le déplacement, nous accolons l’angoisse à une situation spécifique. L’angoisse est toujours améliorée par la fixation à un objet ou une situation spécifique : l’angoisse tente de devenir de la peur. La peur a toujours un objet, elle est peur de quelque chose : elle est située dans le temps et l’espace, et par cet ancrage spatio-temporel, elle peut être tolérée, voire gérée (par des fuites ou des comportements visant à surmonter cette peur). La peur est un courant à la surface de l’être, qui ne menace pas les fondations.

Tout comme la nature a horreur du vide, l’être humain a horreur de l’incertitude. Le thérapeute doit travailler sur le sentiment de certitude et de maîtrise. Notre sentiment de futilité, de vulnérabilité et de solitude décroit alors que, paradoxalement, nous commençons à appréhender que chacun de nous est fondamentalement vulnérable et seul face à l’indifférence cosmique. En permettant au thérapeute de contrôler et de ne pas se laisser submerger par le matériel clinique apporté par le patient, un système de croyances accroît la confiance en soi et le sentiment de maîtrise du thérapeute, ce qui encourage le patient à lui faire confiance – ressort essentiel du traitement.

Le suicide constituerait une sorte de maitrise de la mort, dans la mesure où il donne un contrôle actif de son destin, préférable à l’attente de « quelque chose d’horrible qui nous engloutira ».

Penser en permanence à la mort de ses proches, non sous la forme de ruminations obsessionnelles mais en réflexion consciente sur tous les aspects horribles du décès, a pour objectif de s’y familiariser afin de la maîtriser. Une vie vouée à la dissimulation de la réalité, au déni de la mort, limite l’expérience et finit toujours par s’effondrer sur soi.

La peur possède plusieurs composantes : la douleur de mourir, l’au-delà, la peur de l’inconnu, les inquiétudes pour sa famille, la peur de ce qui arrivera à son corps, la solitude, la régression. Dans les pays occidentaux, prisant la réussite, la mort est curieusement assimilée à l’échec. Le thérapeute travaille avec ses peurs comme avec toutes les autres déformations de la réalité : il tente d’identifier, d’éclairer et de dissiper ces fantômes du passé.